Reconversion d'un chai de négoce

CONCOURS « HABITER LES CHAIS » 2012

ORG/ AGORA BORDEAUX 2030

MOE/ AGENCE J + ONDINE MASSON ARCH.

LOCALISATION/ BORDEAUX (33), QUARTIER EURATLANTIQUE

Notre projet est une réponse à l’inadéquation d’un dispositif architectural obsolète avec la situation urbaine actuelle en tirant partie de son emplacement spécifique dans la ville.

Dans le dispositif commercial d’origine, la chai est conçu comme vitrine d’un espace «vulgaire» de stockage greffé à l’arrière. Une seule façade «noble» est donnée à voir sur la rue du Commerce, elle-même faisant partie du réseau d’un ancien quartier homogène et monofonctionnel de négoce, dont la rue de Bac-Ninh définit la limite sud. La typologie classique du chai, configuration strictement rectangulaire et orthogonale à la rue d’accès, a donc été importée ici sans adaptation à cette situation particulière de limite. Architecture de façade, c’est un programme privé, un édifice autonome et introverti qui priment sur l’espace public, toujours plus inadéquat au fur et à mesure de la disparition de l’activité de négoce,  juxtaposé à une ville qui a grandi et dont les logiques se sont transformées.

Reconvertir ce chai est l’occasion d’insuffler une nouvelle dynamique à un quartier resté figé dans ses formes tout en s’inspirant de son identité et en offrant une bonne lisibilité d’un édifice patrimonial.

Le projet remet l’ancien chai dans l’espace public, en replaçant dans les trois dimensions un édifice conçu comme façade seulement. Le projet redimensionne l’édifice pour lui permettre de se raccrocher à la ville, à sa croissance, à sa transformation. Enraciné dans la ville historique, le chai reconverti et redimensionné regarde et se voit depuis la ville contemporaine également.

Redimensionner… Le projet renverse la logique actuelle retournant par surélévation et torsion, la partie «noble», «lumineuse», de l’ensemble bâti. Posé aux nus des vieux murs figés dans cette surélévation, le nouvel édifice s’étend ensuite au-delà de l’enveloppe originelle, en porte-à-faux jusqu’aux limites de propriété, de l’ « autre côté », vers l’autopont. Cette partie «hors les murs» sera un espace intérieur privilégié du programme.

Le programme, petit équipement public, s’inspire de l’échelle et de l’identité du quartier, tout en offrant des possibilités d’usages plus larges. Une partie «sombre» se glisse dans l’enveloppe existante, utilise les qualités originelles du chai et permet de conserver au maximum les murs: une salle de 180 places cinéma forme la base de l’édifice reconverti. Une partie «lumineuse» en surélévation prolonge et complète ce programme: plateau de 500 m2 sur lequel s’organisent bar/restaurant/exposition/librairie/…; la terrasse en est le prolongement.

Ce saut d’échelle est nécessaire pour faire exister l’édifice dans la ville contemporaine, affirmé à la fois comme objet patrimonial spécifique et comme vecteur de nouvelles formes et de nouveaux usages pour le quartier. Pour révéler et enrichir le paysage urbain, le projet fige et bouleverse à la fois l’existant.